MASQUATRAPES  

 
 


Témoignages

Cette rubrique est destinée à recevoir vos témoignages sur votre passage aux Masquatrapes.
Vos textes sont à envoyer à l'adresse suivante :
lesmasquatrapes@yahoo.fr

Merci !




LES ENFANTS SANS CHAUSSURES

Chacun d’entre nous cache, tapi sous la moquette de son cœur, l’enfant que nous étions : un enfant sans chaussures…

 J’avais 6 ans quand la grande sorcière de la rue Samonzet, aux yeux bleus toujours si grands ouverts, m’a demandé de sortir mes chaussures…

A l’âge où pour certains enfants, les lacets sont encore un problème, je n’étais pas préparé à partager mon intimité au point de mettre à l’air mes chaussettes humides et un peu serrées devant tout le monde.

Je dois ce souvenir traumatisant à ma timidité maladive de l’époque et à Marie-Catherine, ma mère qui a toujours relativisé la ponctualité et les horaires de nos activités extra scolaires.

Ce jour-là, je devins l’un des enfants sans chaussures d’une deuxième maman : Jacqueline BELLIDO. Celle pour qui le ridicule passait pour de l’audace, l’impertinence pour de l’inspiration, et les trous de mémoire pour de la poésie.

Ce souvenir de ma première limite dépassée ne m’a jamais quitté. J’y pense depuis à chacun des paliers de ma vie.

Devant nos yeux émerveillés, Jacqueline imaginait la rébellion des lettres et transformait notre présent en futur présent. 

Elle créait à l’état brut avec malice et poésie, et sans nous en rendre compte, nous rêvions éveillés.

Fidèle à son inspiration, nous grandissions ensemble.

Le doute ne nous habitait jamais, dans ses yeux : la confiance et la ressource d’une dame instinctive et joyeuse qui faisait de chaque contrainte un élément de décor.

Souvenez-vous de ses improvisations, de son aide au pilotage lors de nos créations, sa science était  à l’intérieur de nous.

Nous étions ses petits acteurs, parfumés à l’insouciance et costumés du bonheur d’être ensemble. 

Grâce à toi Jacqueline, j’ai passé le mur du son.

Tu m’as libéré de l’espace minuscule et poussé vers le pays des merveilles, le pays de la vie qu’on choisit.

La moquette des Masquatrapes tapisse désormais mon cœur et mes chaussures sont inusables, je les mets quand j’ai besoin d’avoir confiance.

Et même si certains pensent qu’il faut faire la course avec le soleil pour être heureux … A moi, ton élève pour toujours, tu m’as donné, Jacqueline, la sagesse de l’impossible et la mesure de l’invisible.  

Nous ne vivons pas pour le futur, nous vivons pour qu’il nous reste un passé
(Je ne sais plus qui a dit ça)

 Jean-Guillaume Mathieu

 Ps : Jean-Claude,  arrête de sourire comme ça et merci d’avoir lu ce petit mot avec nous.

 

 


BOULE ET FIL  (Par Marie-Claire)

 

Poh là là… raconter les Masquatrapes… heureusement que mes valeureux et brillants collègues s’y sont collés avant moi, et avec quel talent… (et si Gilles a juste oublié de nous refaire une petite histoire de jonque, c’est sans doute que les retours de tournée sont loin !). Ça me permet de zapper paresseusement les longues et belles soirées noires suivies de nuits blanches, l’effervescence des ateliers, ma joie à faire partie de celui des adultes alors que je n’en étais pas une, la combinaison chair qui avait transformé ma sœur d’abord, moi ensuite, en nudistes pudiques, les amis-pour-la-vie qui le sont restés jusqu’à aujourd’hui, la découverte de soi-même que Jacqueline permettait à tous, du tout petit au plus âgé, dans la même bousculade et la même profonde intuition de ses possibilités intimes. Donc ça c’est fait, merci les copains.

 

Je pourrais me lancer dans les détails, expliquer les auditions ratées ou réussies, la préparation épique pour le Conservatoire (« ah Mabame ! ») et les fous rires de la patronne, sa lettre, que j’ai encore, sur la nécessité de se mettre les tripes à l’air quand on veut faire cette profession, et pas juste de « se les aérer » de temps en temps, les changements d’orientation, les difficultés de cette carrière qui n’en est pas une, mais je ne vais pas le faire non plus, ouf.

 

Moi si je pouvais trier, ce serait boule et fil mes plus importants souvenirs de Jackson. J’ai commencé à onze ans aux Masquatrapes, c’était Marie-Christine qui m’avait convaincue. On s’y massait les pieds, on rigolait, on se roulait sur le boudin du sous-sol, enfin tout ce qu’on dit les autres. Et au moment de dire, de « passer »… on était quand même tout seul, ils l’ont dit aussi. Et moi en plus je croyais qu’il suffisait d’éprouver pour donner à éprouver, forcément, onze ans, je n’avais pas encore lu Diderot et le Paradoxe sur le comédien. D’ailleurs Jacqueline ne nous embrouillait pas avec des paradoxes, elle avait bien raison, elle était pratique, solaire et incitative, Jacqueline, elle entrait dans les relations tambour battant et elle n’en sortait pas comme ça.

 

Alors boule et fil…  il s’agissait de sentir les choses suffisamment fort en soi pour y avoir la sensation d’un gros nœud de sentiments en fusion (la boule, quoi). Ça je savais faire, presque en permanence. Mais après… il fallait en plus lancer un fil vers les gens, comme à la pêche, les héler, les haler, les amener à soi, les faire arriver un par un dans cette boule ; je ne sais pas si on me suit mais moi oui, je l’ai suivie, ça m’a plu tout de suite cette affaire-là, j’ai compris. Euh, j’ai cru comprendre. Après, pour ce qui est de pratiquer… quelques années ont été bien nécessaires et encore maintenant… je perds rarement la boule, mais je cherche encore, parfois, le fil.

 

Un conseil comme celui-là, qui nourrit encore après vingt ans de métier, il faut qu’il ait été donné avec bien plus d’intensité et de profondeur que ce que je pourrais retranscrire ici. Et au fond je ne dis pas autre chose à mes propres élèves du Conservatoire aujourd’hui, et c’est tout ce que je leur souhaite : qu’ils identifient ou construisent leur boule, et qu’ils nous lancent les bons fils.

 

Et quand il nous reste du temps, on se masse un peu les pieds et on rigole aussi, ça ne peut pas nuire !

Marie-Claire

 

 





Au sujet du texte de Marie-Hélene Nancy ci-dessous : Nous regrettions que Marie-Hélene, un des piliers des Masquatrapes, pour qui le rideau est tombé en 1999, ne figure pas dans ce Livre d'or. Voilà chose faite grâce à ce texte retrouvé, où elle rend hommage à Jacqueline sous la forme d'une oraison funèbre fictive, écrite dans le cadre des ateliers théâtre en 1981.(Nous sommes en 2011 et Jacqueline est bien vivante et égale à elle-même !) Merci Marie-Hélène, notre inoubliable "courant d'air", pour ce message de l'au-delà.
Les Masquatrapes



LA MOUETTE

Elle était très belle. Elle avait des yeux très bleus.
En la détaillant bien, on ne pouvait pas dire pourquoi elle était belle et pourtant elle était la séduction même.

Autour d’elle gravitait tout un monde dont je faisais partie. Je pense aujourd’hui que l’attirance qu’elle exerçait venait surtout de la tendresse qui l’imprégnait. On avait l’impression que tous les sentiments, toutes les émotions l’avaient déjà touchée, et qu’elle était au-delà, alors même qu’elle était terriblement présente et vivante. Pendant longtemps, pour chacun de nous, elle fut plus un mythe qu’une femme de chair et de sang. Et chaque fois qu’un de nous semblait déceler en elle une faiblesse très terre à terre, très quotidienne, nous réagissions comme des enfants à qui l’on vient de casser le miroir de leurs rêves.

Pour moi, tout en gardant une « aura » un peu mystérieuse qui faisait le charme par lequel elle me fascinait, plus elle devenait vulnérable, plus je m’en rapprochais.

Il faut dire cependant que par certains côtés, elle m’exaspérait. Mais au bout du compte le « charme » opérait toujours. Comme si en faisant le bilan de tout ce qu’on pouvait lui reprocher, de toutes ses imperfections, de tous ses manques, on se comportait en petit « épicier » soucieux de détailler ses pois chiches et ses lentilles alors qu’on lui offre tous les parfums de l’Arabie.
Peut-être le mystère est-il là.
Dans l’exotisme.
Non pas l’exotisme d’une terre, d’une mer et d’un soleil auxquels nous, nous n’appartenions pas. Mais l’exotisme du cœur.

C’est vrai : elle était femme de cette Terre, de ce soleil, de cette mer. Elle en respirait les odeurs et les couleurs. Elle en accouchait toutes les passions. Mais cette lande dans laquelle elle se mouvait n’en faisait pas une étrangère. Elle lui permettait d’attirer dans son ciel tous les nuages du monde. Ceux du Nord et du Midi, ceux de l’Est et l’Ouest.

C’est vrai : elle était Mouette et réconciliait la Terre et la Mer. Et de leurs amours elle faisait naître une île. Cette île n’était d’aucun pays.

Mais tous ceux qui y ont abordé en ont gardé au coeur une nostalgie étrange. Malgré tous leurs efforts pour s’en délivrer, pour la démythifier, chaque fois qu’ils en parlaient, un rêve traversait leur regard. Le rêve d’avoir pu décrypter dans son île tous les signes de la vie, de la mort, de l’amour.

Aujourd’hui la Mouette a disparu. Son corps est devenu terre et ses yeux bleus sont retournés à la mer. Cette femme que nous aimions ne danse plus sur les planches de sa passion.
Mais elle nous a initiés à sa danse. Elle nous a accouchés de son amour fou pour un monde magique.
Monde des corps délivrés de leur pesanteur, monde des visages démaquillés de tous les masques humains.
Monde du théâtre sordide et merveilleux de la vie.
Monde des comédiens : funambules et équilibristes éphémères entre la vie et la mort, sur le fil de la tendresse.

Elle était très belle.
Elle était notre tendresse.

 
Marie-Hélène Nancy

27 juillet 1981





Impressions d'Annette

Me voilà bien en peine...Quand je feuillette cet album-souvenirs, je me sens toute drôle... A la fois touchée, bouleversée même parfois en me remémorant toutes ces années bénies de si belles enfances vécues dans le partage et la joie mais aussi, comment dire, un peu amère quand je considère avec le recul du temps tous ces événements qui sont advenus au fil des ans ! Et comme je ne suis pas du genre à regarder dans le rétroviseur, je préfère parfois ne pas me souvenir... Mais ceci n'a rien à voir avec les Masquatrapes que j'ai découvert très tôt, j'ai oublié l'année, sans doute vers 1973-1974 s'ils existaient déjà, enfin dès le début puisque je me suis décrétée envoyée spéciale permanente de Sud-Ouest auprès de cette bande de joyeux drilles coachés par une Jacqueline hors normes...Et puisque j'avais la chance d'avoir une petite Emmanuelle grande copine de Stéf donc totalement intégrée dans la joyeuse troupe dès l'origine, je me suis retrouvée impliquée dans cette histoire de fond en comble. Et aujourd'hui encore il m'est impossible de séparer ma vie professionnelle, personnelle, familiale de ce monde enchanté des Masquatrapes ! Je pourrais raconter des tonnes d'anecdotes, le plus souvent pleines de soleil et de grâce mais je n'ai pas envie de mettre de la distance entre moi et ces souvenirs. Ils sont constitutifs de mon identité. La question qui s'impose à moi c'est plutôt : et maintenant ? Après avoir ouvert le couvercle de la boîte de Pandore, après que nous tous, devenus "grands" (!), vieux pour certains (moi)nous ayons remué tous ces trésors enfouis malgré les deuils, les divorces, les maladies, le chômage, peut-être les enfants porteurs de handicap, que décidons-nous de faire ? Pour ma part, je n'ai pas de réponse. Pas même l'ébauche d'une idée... Peut-être rien, après tout. Peut-être vaut-il mieux s'en tenir là ! Allez, bisous à tous.
 Annette



Les Masquatrapes 1 : Le serpent


Nous sommes en avril 1979. Je viens d’être muté pour être chef comptable et du personnel de l’usine La Roche Aux Fées de Boeil-Bezing. Je suis célibataire, petit dernier très chouchouté d’une famille versaillaise, bourgeoise et catholique : en d’autres termes, je me suis habitué à obtenir ce que je convoite. J’ai accompli la plupart de mes études dans des écoles, pour garçons, tenues par des religieux : Sainte Odile, Saint Jean de Béthune, Saint Nicolas, Sainte Geneviève. Je refoule, sincèrement, inconsciemment, mais très sérieusement, quelques rares pulsions sexuelles, car, il faut l’avouer, je ne sais pas vraiment comment m’y prendre avec les filles : très romantique, j’adore séduire alors je prends quand je peux, et je me fais jeter … systématiquement. Est-ce l’héritage de mai 68 et de sa philosophie de l’amour libre? En tous cas, je morfle à force de larguer (rarement) et d’être largué (très souvent). Je ne cherche pas le sexe pour le sexe et, sans vraiment le savoir, je cherche une mère pour les enfants que je veux avoir. Tout cela me donne un tempérament très cyclothymique, passant très rapidement de l’euphorie à la dépression, plutôt taciturne et timide, en tous cas très secret et se livrant peu : du coup, j’ai des copains mais pas d’amis.

Voici donc le contexte dans lequel je me trouve lorsque je vais pénétrer dans le sous-sol de la rue Manescau, où se terrent les Masquatrapes. J’y entre en touriste, pour voir à quoi ils ressemblent… la séance a déjà commencé :
« Bon, alors maintenant, vous êtes des serpents … »
Jacqueline, la grande prêtresse vient de donner ses nouvelles instructions et, de bonne grâce, les Marie-Hélène, Marie-Claire, Charles, Reine, Gilles, Mireille, Zouzou et autres se mettent à ramper sur le sol et me tirent la langue à chacun de leur passage dans leur migration circulaire.

« Allez, Raymond???… tu fais comme les autres, il n’y a pas de spectateurs ici. »

J’obéis…Je me soumets…Je fais taire mes objections et abandonne mes idées de fuite…Je rampe…Je deviens le serpent que Saint Georges (Jacqueline) va terrasser de ses sourires, de son incroyable gentillesse, de son caractère unique, de son immense générosité, de son art. Je viens de rencontrer une véritable artiste faisant fi du matériel pour se consacrer à ses ‘apprentis-théatreux’ de tous âges. Elle et les autres m’insufflent le venin du théatre…Je suis mordu.


Raymond Touz





Les Masquatrapes 2 : Le tourniquet

Je me laisse mordre et j’en redemande. Je suis une victime consentante. Comment résister, en fait, aux rires des autres, dont Jacqueline lance à chaque fois le premier galop ? A l’époque, je vois les Masquatrapes en strates, ne communiquant pas avec les autres. Il y a d’abord les Petits Masques, que j’imagine comme le vivier de la Grande Prêtresse. Je n’ai aucun doute à croire qu’elle y excelle. J’ose même croire que c’est là qu’Elle puise toute l’innocence, l’indulgence, l’insouciance et la sincérité dont Elle abreuve les autres membres de la secte. Cependant, je ne verrai aucune de leurs prestations et n’en rencontrerai aucun.

 

Il y a ensuite les Ados. Je pourrais écrire les Adorables, car, au cours de la tournée de ‘Tu comprendras quand tu seras plus grand’, je me suis senti comme adopté, coopté, adoubé, accueilli, aimé ? Je ne me rappelle plus les prénoms de chacun, mais ils sont entrés par la grande porte dans la galerie de mes meilleurs souvenirs. J’ai bien sûr un souvenir plus précis de certains : Laurence, tout d’abord, Sa fille, très belle et très brillante réplique, mais plus que cela, et à qui je vais proposer plus tard de devenir la marraine de mon premier fils. (Jugée trop jeune, elle sera finalement la marraine de l’ombre. Devinez qui sera l’Officielle ?) Il me semble qu’elle était alors très complice de Fabienne, en particulier, que je considérais comme pleine de peps. Je suis également charmé par le charisme de Gilles, que cernent alors beaucoup de filles de la troupe. Son rival, Rémy, dont je serai témoin des pleurs. Et puis, et puis, et puis, il y a Véronique, toute en douceur, en pétillement et en espièglerie. 

Enfin, il y a les Adultes, dont je deviens l’un des maillons. Car c’est une véritable chaîne de l’amitié qui se constitue au fil des séances du samedi, des stages du week-end, des spectacles au Centre Rencontre et Recherche, des tournées en province. Je n’ai aucun souvenir de griefs qui auraient pu opposer l’un à l’autre, aucune jalousie, aucune hiérarchie. Cette béatitude est sûrement due à nos : « An, En, In, On, Un » ou encore au « Grand doreur … » et ces « Six saucissons-ci … ». Néanmoins, j’ai mes chouchous, ceux qui ont une place un peu particulière dans mon amphithéâtre de souvenirs : Mireille que je ne connais que riante, souriante ou prête à rire, bref charmante. [Notons que quelques jours après notre première rencontre, je la croise avec Michel, son futur mari, tout aussi rieur, mais surtout excellent conteur, sur une plage d’Hossegor, et c’est complètement à poil, au bord de l’océan, que nous babillerons quelques instants (Merci, Mireille, pour ce beau souvenir).] Charles, dont l’accent est reconnaissable entre mille, avec sa maison magique – il est le parrain de mon second fils. Ginette, que nos escarmouches théâtrales sur le texte de « Qui a peur de Virginia Woolf » laisseront toujours gisante, terrassée par les rires. Gilles, qui nous décrit, systématiquement à chaque improvisation, un monde fascinant, plein de rêves, souvent poétiques, qui aboutit toujours à provoquer l’hilarité. Plus tard, je lui proposerai de tenter avec moi de monter « Le tourniquet » de Victor Lanoux- projet à deux comédiens qui restera sans suite. Marie-Claire, au regard étincelant et incendiaire, au rire cristallin et très, très, très séducteur. Jean, dont je serai le témoin d’une colère d’écorché vif, au cours d’une improvisation très musclée. Zouzou, qui m’intimidera beaucoup et me mettra parfois mal à l’aise … au début !!! J’ai, par contre, un très bon souvenir de François ?, son ex., qui viendra jouer un peu avec nous. Lui ai-je proposé « Le tourniquet » ? La réponse est : Oui.

(Soit dit en passant, Rémy a joué au Hédas avec un autre Masquatrape, fugace, dont j’ai oublié le prénom, mais à qui j’ai proposé « Le tourniquet », en inversant les rôles)

 

Il y a aussi les électrons libres : ceux que je n’associe à aucun atelier en particulier : ainsi en est-il de Michèle, la lumière des spectacles et la mère de trois somptueuses Masquatrapes : Nathalie, Véronique et Karine ; de Jean-Claude, Le Monsieur ‘Aime’ de Jacqueline, dont certains sarcasmes me glaceront jusqu’à ce que j’en perçoive enfin l’ironie, la malicité et surtout la non-méchanceté, ce qui aboutira, au fil des rencontres, à une certaine complicité. Je ne lui ai pas proposé « Le Tourniquet », mais j’aurais dû.

RT



Les Masquatrapes 3 : "L'Atelier"


Au tout début de la pièce « Ce soir, on improvise » de Luigi Pirandello, on entend une claque en coulisse, puis aussitôt, les acteurs entrent en scène. Je suis censé être celui qui a reçu la gifle, et, afin de rendre plus crédible la douleur ressentie, j’ai demandé à Marie-Hélène de m’en donner réellement une. Elle s’est fait à peine prier, et ma joue va chauffer pendant tout le spectacle. Une autre façon de voir Marie-Hélène est de se rappeler une de ses répliques dans « L’Atelier » de Jean-Claude Grumberg. Depuis sa chaise de couturière, Mimi, reine de la boutonnière, lance à Simone : « Pleure un coup, tu pisseras moins… ». Marie-Hélène… C’est elle qui me reprochera, sans trop de détour, d’avoir ‘lâché’ les Masquatrapes. J’ai accusé le coup, car elle n’avait pas tout à fait tort, mais je n’étais pas le premier. C’est en effet avec l’Atelier théâtre de la M.J.C. Cadier que j’ai poursuivi, plus tard, ma passion pour le théâtre (pour la petite histoire, j’y ai retrouvé Mireille), mais c’est une autre histoire.

Mais revenons à l’Atelier de Grumberg. Avec cette pièce, Jacqueline a fait très fort. J’ai eu l’occasion de revoir cette pièce avec des acteurs professionnels, dont l’auteur, et je suis persuadé que nous avons fait mieux qu’eux. Je pense que les rôles ont été remarquablement distribués. Autour de Marie-Hélène et sa gouaille, alias Mimi, s’activent Madame Laurence, jouée par Reine, dont les airs pincés sont plus que naturels, Marie, jouée par Mireille, tout en fous rires, et Gisèle, jouée en habile retenue par Claudine. En personnage central de la pièce, Simone, jouée par Ginette, est remarquable. En tant que Léon, patron de l’atelier, j’ai la chance exceptionnelle (et je crois pour la seule et unique fois sur scène) que Jean-Claude ait accepté de jouer le personnage du presseur. Je vais me montrer très complice de celle qui joue Hélène, la femme de Léon, et pourtant son prénom m’échappe aujourd’hui. Je ne peux pas oublier mon commanditaire, joué par Michel et les autres presseurs que seront Gilles et Philippe.

Pour cette pièce, Jacqueline a voulu une reconstitution parfaite des années 1950, tant dans les costumes que dans les accessoires, et elle nous fait répéter, avec un véritable professionnel, les gestes du métier. Elle a aussi réussi à me faire chanter : Les Roses Blanches, comme Edith Piaf. Nous aussi, après les Ados et leur ‘Tu comprendras …’, nous sommes partis en tournée, nana nère ! Je crois que c’est à Périgueux qu’une spectatrice est venue vers moi pour me dire que si j’avais agité un mouchoir blanc au dessus de ma tête pendant la scène de la fête, elle m’aurait vu encore plus juif que juif. L’acteur goy que je suis a pris cela comme un super compliment. Putain, qu’est-ce qu’on était bons ! Merci, Jacqueline !

RT






Les Masquatrapes 4 :
Emotions


Le thème de l’impro que nous avait donné Jacqueline, lors de ce nouveau stage, était simple : une soirée dansante entre bourgeois est interrompue par un groupe de loubards qui va vouloir s’incruster. Je fais partie des ‘méchants’ et Gilles et Laurence font partie des ‘gentils’. Je ne sais plus qui fait partie de ma bande mais je me retrouve au bout d’un moment face à Gilles et notre altercation s’achève par un couteau qu’il me plante dans le ventre. Tellement surpris, je bats le rappel de mes troupes qui me sortent de la pièce sur mes suppliques : « Il m’a piqué, ce con… Il m’a piqué …». Je me suis tellement impliqué dans le conflit avec Gilles que je n’ai pas vu ce qui se passait avec les autres si ce n’est le commentaire allègre, craintif et soulagé de Jacqueline : « J’ai cru que j’allais assister au viol de ma fille devant mes yeux ».

La tournée de « Tu comprendras… » est passée par la case prison : celle de Mauzac. Nous sommes en 1980, comme tous les membres de la jeune troupe, je franchis les murs d’enceinte, découvre les miradors et les barbelés. Le programme de la journée m’est dévoilé par Jacqueline, une fois à l’intérieur : nous allons faire participer quelques détenus à une séance de théâtre comme Jacqueline sait les faire, puis ils feront une petite impro sur scène devant les autres prisonniers et enfin les jeunes joueront leur spectacle, devant ce parterre exceptionnel. La prison de Mauzac est une prison d’hommes qui, je l’apprendrai beaucoup, beaucoup plus tard, ont été condamnés pour des infractions sexuelles, mais, au cours de cette journée si particulière, nous ne rencontrons que des personnes, fragiles, sensibles, enfermées depuis quelques mois pour certains et d’autres condamnées pour de très longues peines. Je ne sais pas ce que sont devenues les promesses d’échanges de correspondance qui ont été faites ce jour là par les jeunes de la troupe auprès de ces hommes matures. Ce dont je me souviens, c’est parmi les larmes d’émotion qui ont jailli à notre départ, celles  très intenses de Laurence, Sa fille. Comment ne pas l’aimer ?

RT



 
La sorcière des âmes 1 : les débuts
 Mes parents cherchèrent longtemps l'activité qui pourrait me permettre de m'épanouir pleinement. 
Au repas, ma mère me fit part du fait qu'elle venait de voir une affichette dans un magasin,
sur des cours de théâtre pour enfants.

Les séances avaient lieu le mercredi après- midi et nous nous y rendîmes ma mère et moi. J'étais animé de l'enthousiasme que l'on déploie en général pour une visite chez le dentiste et c'est en traînant les pieds que je me suis retrouvé devant le local indiqué sur l'affichette. Une fois les modalités d'inscription terminées, je me trouvai seul sans ma mère au milieu de cette grande salle. C'est là que je connus Jacqueline, l'animatrice de ces cours; la première chose que je vis chez elle comme toute personne
la rencontrant pour la première fois fut ses yeux, enfin ! Je les vis quand j'acceptai d'arrêter de regarder mes
chaussures et de lever le nez
à l'appel de mon prénom. Deux grands yeux bleus profonds et généreux qui, associés à un large sourire eurent raison de mes craintes que je vis fondre en un instant; ils agirent sur ma peur comme de l'air chaud sur la buée d'un miroir. Je me fis la réflexion qu'en onze ans d'existence je n'avais vu un tel regard,
et cela reste vrai aujourd'hui. Jamais un organe ne colla autant à sa fonction et je me sentais transpercé par ses rayons. En général les regards posés sur vous rebondissent sur votre enveloppe extérieure et renvoient l'image de ce que vous semblez être, mais celui-là, passé outre les délimitations corporelles, perçait votre derme, écartait vos tissus comme dans une vision radioscopique. L'idée que l'on puisse voir 
à l'intérieur de moi, étrangement me ravit, malgré le désordre qui  devait y régner.

Le cours commença. La première chose dont je me rendis compte, c'est qu'il ne comportait que des filles, ce qui à mon âge était un problème de plus
à surmonter. Il me reste un souvenir de cette première année de théâtre, mon premier rôle: étant le seul garçon, on m'attribua le plus important, celui de Léonce dans les «Comédies et proverbes» de la Comtesse de Ségur. D'après mes souvenirs,
il s'agissait d'un enfant espiègle et fanfaron, toujours   prompt  à se mettre en avant, un véritable rôle de composition pour moi, mais un vrai délice à interpréter. L'impression la plus forte, une fois rentré chez moi, fut quand j'ai réalisé que j'allais incarner cet enfant, qu'il allait vivre sous mes traits, parler par ma bouche... Et comme il occupait une place prépondérante dans la pièce, cela me donnait une importance considérable! Bien plus qu'au foot,
où d'un dimanche à l'autre, on pouvait rester sur le banc de touche. Là, Léonce, c’était moi et moi seul, j'en éprouvais un plaisir presque d'ordre sexuel, une forte chaleur dans le ventre, une envie de crier, une impatience à voir revenir les mercredis. Je trouvais ça magique, presque surnaturel..

Gilles Couradet



La sorcière des âmes 2 : l'éclosion

Mon intégration au cours de théâtre était parfaite. Dès la seconde séance, plus question de traîner les pieds, je tournais plutôt en rond en attendant l'heure. Il faut dire que Jacqueline développait un sixième sens pour aller dénicher en chacun de nous
le meilleur, comme une pépite d'or qu'il fallait extraire, laver de ses traces de limon et faire scintiller en pleine lumière; de séance en séance on assistait à la métamorphose des plus réfractaires.

Un jour, une femme amena son jeune fils pour l'inscrire au cours, désemparée par sa timidité   maladive   qu'elle    décrivit   un   peu honteusement. Elle demanda de faire un test sur une séance, peu enthousiaste quant à la nature du résultat. Il est vrai que le jeune enfant semblait souffrir de ce mal: l'angoisse sur son visage était terrifiante, il pleurait, les poignets noués à la jupe de sa mère, semblant incapable d'envisager la moindre séparation. Quand elle revint le chercher deux heures plus tard, elle eut du mal à le reconnaître, cela sûrement dû au fait que son visage était recouvert demaquillage mais surtout à cause de son attitude: il interprétait le personnage d'un ogre ayant attrapé la colique, et se roulait copieusement par terre en proférant des insultes contre la sorcière responsable de son mal, et tout cela devant le reste des enfants riant généreusement de ses facéties. Interloquée, cette femme avait du mal à trouver ses mots, suivant du regard son rejeton, qui une fois dans la rue continuait son manège au milieu des passants.

 J'avais assisté au miracle, car il s'agissait vraiment d'un miracle. Jacqueline avait agi avec lui comme avec nous, mais le phénomène avait pris cette ampleur car plus les digues sont hautes, plus les effets sont grands quand elles cèdent. Elle pratiquait une méthode proche de celle que l'on utilise pour apprivoiser un animal: on le dispose dans un endroit de la pièce, ni trop près ni trop loin des autres, afin de maintenir un temps d'observation. Il nous regardait évoluer chacun à notre tour, pouvait évaluer le plaisir que nous prenions pour exécuter nos exercices, juste assez pour en être jaloux... Alors il se détendait, riant de bonne grâce jusqu'à ce que l'on prononce son nom avec exactement le même timbre de voix que pour les autres. Comme un jeune pur-sang mené par le licol, ce jeune garçon arrivé à ce stade, dut  se rendre face à nous et son visage
se crispa de nouveau. On lui demanda de mimer un chien, il écarquilla les yeux comme devant une équation du troisième degré; Jacqueline décrivit l'animal avec force détails comiques qui déclenchèrent nos rires et réussirent à déplisser son visage. Sentant qu'il n'aurait de salut qu'une fois l'exercice réalisé, il mima timidement un grattage
de puce, chacune des ses interventions se sanctionnant de réflexions positives et valorisantes: «oui,C'estbien, maintenant marche... pense à un chien...bravo!»

Jacqueline l'accompagnait des yeux, des mains, puis de tout le corps, on aurait dit qu'elle auditionnait un danseur étoile tellement elle y mettait de coeur; l'enfant s'exécutait, apportant de plus en plus d'ampleur à ses gestes. Plus il s'approchait du canidé plus ses défenses tombaient; plus il récupérait l'autonomie de ses membres engourdis plus il améliorait sa prestation. Il put entendre les premiers rires récompenser son travail; une à une les parties de son corps se mirent à participer, sa langue, son nez, sa voix... Jacqueline multipliait les encouragements comme autant de boulets tirés sur sa carapace, puis elle lui demanda d'aller honorer un réverbère et son interprétation déclencha l'hilarité générale.

J'ai assisté des dizaines de fois à ce genre d'éclosion. Les comparer à celle d'un papillon sortant de sa chrysalide peut paraître une métaphore facile, mais pourtant je n'en trouve pas de plus réaliste. Nous nous étions tous un jour présentés dans notre étroit cocon, n'offrant de nous qu'une silhouette longiligne, corsetés de toutes nos apparences. Mais Jacqueline savait voir au travers de cette coque translucide, deviner l'activité intérieure, et tout son travail consistait à nous en faire sortir.
Conscients de l'irréversibilité du phénomène -un papillon ne pouvant redevenir chenille- sachant que nous porterions pour toujours dans le dos deux ailes enluminées, nous avons tous gardé un souvenir puissant de cet instant partagé avec les autres.

GC


La sorcière des âmes 3 : les impros

(...) Avant de s'emparer d'un rôle, c'était tout ce travail   que   nous menions de semaine en semaine, immense entreprise de démolition de toutes nos protections, parapets, fortifications, et dans mon cas je dois dire que la tâche était immense..
Bloqué, coincé, verrouillé, autant de qualificatifs qui s'appliquaient à mon être et devenaient évidents dès qu'il s'agissait d'exprimer le moindre sentiment face aux autres. Pourtant Jacqueline réussit, usant du savoir des sorcières et de la grâce des fées, un à un, à faire sauter tous ces verrous. Comme on libère un chevalier de son armure, j'avais l'impression que chacun de mes membres retrouvait ampleur et légèreté. Ce long et rigoureux décoffrage de mon corps m'apporta la sensation extrême d'une renaissance, il me procura un bonheur indicible.
Pendant les cours de théâtre, l'activité pour laquelle je semblais avoir le plus de prédispositions était l'improvisation: elle consistait à monter sur scène avec comme seul élément un mot délivré au hasard, comme: chaise, velours, déclaration d'impôts ou hippocampe, qui devait se trouver à un moment ou à un autre dans votre histoire. Le conseil donné par Jacqueline était de surtout ne pas penser à ce mot et de se lancer dans le vide comme du plongeoir de dix mètres de la piscine municipale. Facile à dire! Comment oublier le regard de l'autre? Et son propre jugement? Le risque était de s'écouter parler et de s'appliquer une censure castratrice garantissant l'échec, le silence, le bide.

Quelle sensation surnaturelle que de se laisser guider par son esprit de telle façon que l'on finisse par en devenir spectateur, les mots arrivant en cascade des quatre coins de votre tête, se ruant vers la sortie, vous bousculant au passage...

Au début, on tente de les canaliser, de les répertorier, d'appliquer un semblant d'organisation, mais ils arrivent trop nombreux, vous submergent, vous débordent. Alors, impuissant, vous renoncez, mais très vite vous vous rendez compte que l'anarchie est relative, que chacun connaît sa place et rentre en scène dans une étonnante chronologie narrative.
Et bientôt une histoire se crée, des personnages naissent spontanément et s'animent, vous ne savez rien d'eux, vous les découvrez en même temps que votre auditoire. Si une porte doit s'ouvrir, vous ignorez ce qui se trouve derrière, vous le découvrez avec étonnement, vous êtes capitaine d'un bateau ivre guidé par des esprits malins. Vous ne savez plus rien, ni le cap à tenir ni les conditions météorologiques, ni l'issue du voyage. Quelle sensation extraordinaire, galvanisante, initiatique, comme si j'avais entrouvert les entrailles de la terre, créant la connexion au magma qui se déverse à flots continus.
Faisant preuve d'une immodestie passagère, je dirai que ces séances d'improvisation avaient un certain effet sur mes compagnons et que les voir rire à gorge déployée me remplissait d'une joie extrême. Leurs yeux brillants posés sur moi semblaient me laver à grands seaux d'eau des souillures déposées par d'autres regards; je me sentais renforcé et embelli comme aux plus forts moments connus dans la solitude de ma chambre.
Je reconduisis cette expérience le plus de fois possible, toujours volontaire, priant pour qu'à chaque fois la magie opère. On ne ressort pas indemne d'une telle expérience.

GC


La sorcière des âmes 4 : les stages

Il en va de même pour   les relations qui existaient entre nous: témoins de moments de grâce, elles devenaient de plus en plus fortes, nous liant les uns aux autres chaque jour davantage, trouvant leur apogée lors des tournées théâtrales ou des nombreux stages que Jacqueline animait.
Un particulièrement fit date: j'avais quinze ans alors et je ne peux évoquer ce souvenir sans me sentir frissonner. Il dura une semaine mais par sa densité il nous parut l'équivalent d'un mois: tout n'était que don de soi, réception, échanges, liberté d'expression; bien que tous les intervenants eussent des âges différents, il n'en parut jamais rien, chacun trouvant naturellement sur quel canal communiquer avec les autres. Pour moi qui passais mon temps à chercher ma place, qui avais tant de mal à me sentir bien hors de ma maison, qui essayais toutes formes d'échanges sans jamais être satisfait, je trouvais une qualité d'écoute inconnue dont la motivation était de voir en l'autre le meilleur et de le prendre, de l'extraire, d'aider à son raffinage. Plus je me sentais briller dans leurs yeux, plus je décuplais mes efforts pour embellir l'étreinte.

Chacun de nous éprouvait les mêmes sensations, si bien que l'air devint tellement chargé d'émotion qu'il en était presque palpable. L'amour pesait sur nous comme un nuage dans une pièce trop enfumée;
il imprégnait nos vêtements, nos cheveux, chaque bouffée nous faisait tourner la tête. Les corps se rapprochaient, effaçant les distances. Le contact physique devint indispensable à la circulation de ce courant d'énergie pure, les mains se posèrent sur les épaules, les têtes sur les genoux, et bientôt nous n'étions plus qu'une fusion d'atomes amalgamés au coeur de cette immense pièce. De nombreux moments comme celui-là jalonnèrent les dix années passées dans ce cours de théâtre, fait de rires, de fêtes,
où chacun à tout moment pouvait réclamer notre attention pour lire un poème ou jouer une scène en nous laissant le goût d'une incroyable richesse.

Et toutes ces rencontres avec les autres, les auteurs de théâtre, les mots, qui aujourd'hui vivent en moi comme un patrimoine de mon humanité...

La sorcière des âmes 5 : l'alchimiste
 
Parfois je me demande ce qu'il serait advenu de moi si ma mère n'avait tiré sur ma veste pour me faire avancer et me rendre à ces cours, si je n'avais trouvé sur ma route cette sorcière des âmes au bleu regard, qui a lu en moi comme dans les pages d'un grimoire, qui a su dissoudre les apparences, aller chercher la lumière et m'indiquer comment y accéder.
Alchimiste au pouvoir de rendre la pierre luminescente, c'est dans les profondeurs de ta maison-laboratoire, dans cette officine pour éveil des sens où tu oeuvras année après année, utilisant
je ne sais quel héritage d'enchanteur, quelle formule d'ensorceleuse, que dans tes creusets de fondeur,
du plomb de ma vie tu as fait jaillir l'or.

GC 


Chanson : Rue Manescau
 
C’est une maison feu, associée à mes racines
On y vient chanter et ouvrir nos bras, ceux qui vivent là ont cassé la clef.
On vient jouer ensemble auprès des amis de route
Et l’on vient s’asseoir dans la pièce en bas, tout le monde est là, visiteurs du soir.
Quand rue Manescau s’enfume, quand rue Manescau s’allume, rue Manescau,
Pour chacun d’nous, jamais caduque, vivra, toujours en moi.
 
Jouant sur le regard, maquillés, maniant le verbe
On s’enjôlera, joyeux tintamarre, improvisera les plus belles histoires.
Un autre arrivera pour nous lire ses nouvelles,
L’émotion viendra dans le coin des yeux, puisqu’il est heureux on l’applaudira.
Quand rue Manescau se rêve, quand rue Manescau se rêve, rue Manescau,
Pour chacun d’nous, jamais caduque, vivra, toujours en moi.
 
C’est une maison feu accrochée à ma mémoire
On y vient rêver, on ne l’oublie pas et ce sera ça pour l’éternité.
Peuplée de grands frissons, de fous rires et de musique,
Tous à moitié fiers, tous à moitié fous, elle fut la lumière qui circule en nous.
Si rue Manescau s’effondre, Si rue Manescau s’effondre, rue Manescau,
Nous on s’en fout, jamais caduque, vivra, toujours en nous.
 
 
Paroles : Gilles Couradet – Musique : Maxime le Forestier – Mandoline et chant : François Sahores














 


 





 





 

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